En profondeur, des signaux acoustiques plutôt que visuels pour les poissons
Depth-dependent dynamics and acoustic niche partitioning of fish sounds in mesophotic coral reefs
Auteurs :
Raick X, Campisi J, Under The Pole Consortium, Bertucci F, Lecchini D, Di Iorio L, Parmentier E. Coastal and Shelf Science (2025)
Résumé de l'article :
Les écosystèmes coralliens mésophotiques (MCEs, 30-150 m de profondeur) représentent environ 80 % de l'espace habitable dans les écosystèmes récifaux tropicaux. Pourtant, les contraintes techniques et technologiques limitent les avancées scientifiques sur ces écosystèmes.
La zone mésophotique peut être distinguée en deux principaux étages («zone haute » entre 30 et 60 mètres, « zone basse » entre 60 et 150 mètres) présentant des communautés de corail différentes. De même, les communautés de poissons vivant dans les MCEs diffèrent entre ces deux zones. Si la profondeur influence la composition des communautés de poissons, qu’en est-il du paysage sonore lié à ces poissons ? C’est la question à laquelle ont souhaité répondre les auteurs.
En écologie, le terme de « niche » englobe divers paramètres qui permettent de décrire une espèce : son régime alimentaire, la température ou la luminosité qu'elle préfère, la disponibilité de zones de reproduction, ses interactions avec les autres espèces… On parle de niche acoustique pour décrire la manière que cette espèce aura d’utiliser le son pour communiquer : quelle fréquence (aigu ou grave), à quel moment de la journée/nuit, quels types de sons (sons courts rapprochés ou sons espacés)… La présente étude vise à comparer la dynamique jour/nuit et les niches acoustiques des sons de poissons à deux profondeurs (60 et 120 m) dans les récifs coralliens mésophotiques de l'archipel des Tuamotu (Polynésie française) sur une période de 62 heures.
Les auteurs ont analysé 52 255 sons de poissons enregistrés grâce à l’acoustique passive, une technique utilisée pour collecter de manière non intrusive et avec une haute résolution temporelle différents types de sons.
En décryptant les caractéristiques des nombreux sons enregistrés, les résultats révèlent que les signaux sonores des poissons varient de manière significative entre 60 et 120 m de profondeur. Les espèces vivant la nuit et celles vivant à grande profondeur (120 m) montrent des sons plus stéréotypés que les espèces vivant le jour et celles vivant à moindre profondeur (60 m). Les auteurs expliquent ces résultats par la nécessité d’un son très précis pour les espèces de poisson ne bénéficiant pas de la lumière (espèces nocturnes et espèces vivant à 120 m) pour envoyer leur message vocal. A l’inverse, les espèces bénéficiant de la lumière peuvent compléter leur signal sonore par un signal visuel (ex : comportement visuel). De plus, chaque son occupe sa propre niche acoustique : aucun son ne ressemble à un autre et quand c'est le cas, ils sont alors produits à des moments différents.