Comment les coraux dépendants de la lumière s’adaptent à la quasi-obscurité ?
Differential strategies developed by two light-dependent scleractinian corals to extend their vertical range to mesophotic depths
Auteurs :
Pérez-Rosales G, Rouzé H, Pichon M, Bongaerts P, Bregere N, Carlot J, Parravicini V, Hédouin L, Under The Pole Consortium. Coral reefs (2024)
Résumé de l'article :
La plupart des coraux sclératiniaires dépendent d’une symbiose avec une micro-algue qui leur apporte la majorité de leurs besoins énergétiques. Dans les coraux scléractiniaires symbiotiques, ces algues dépendent elles-mêmes de la lumière pour assurer leur photosynthèse. La présence de ces coraux en profondeur est donc largement limitée par l’absence de lumière. Pourtant, l’exploration de la zone mésophotique (30-150 mètres de profondeur) a révélé leur présence dans ces zones où la lumière est extrêmement réduite, parfois moins de 5% de la lumière de surface !
Pour mieux comprendre comment certains coraux sclératiniaires symbiotiques sont capables de vivre à ces profondeurs, les auteurs ont étudié des spécimens appartenant à deux espèces : Pocillopora cf. verrucosa et Pachyseris “speciosa” spp., collectés entre 6 et 60 mètres, et 20 et 90 mètres respectivement. Les échantillons ont été collectés par les plongeurs d’Under the Pole sur 4 sites différents en Polynésie Française. Pour chaque espèce de corail, les chercheurs ont comparé plusieurs paramètres à différentes profondeurs : les espèces d’algues symbiotiques présentes, leur densité et leur concentration de chlorophylle, la structure du squelette du corail, ainsi que leur type d’alimentation principal (apport de nutriments via les algues ou captation directe de nourriture par les polypes).
Les auteurs ont découvert que chez les deux espèces de corail, la densité d’algues symbiotiques et leur concentration de chlorophylle augmentent avec la profondeur, ce qui permet de compenser la diminution de la lumière et maintenir un certain taux de photosynthèse. De plus, pour les deux espèces, les individus vivant plus profond présentaient des différences micro-morphologiques dans leurs squelettes permettant d’augmenter la quantité de lumière captée par les algues. L’analyse des tissus ne montre pas que les coraux en profondeur se nourrissent davantage directement que ceux en surface, ce qui pourrait pourtant être nécessaire si l’apport de nutriments par les algues symbiotiques diminue. Par contre, les espèces d’algues symbiotiques chez les coraux n’étaient pas différentes entre les coraux d’une même espèce à différentes profondeurs, mais elles l’étaient entre différents sites.
Ces résultats montrent une grande capacité d’adaptation et acclimatation à la zone mésophotique de la part des deux espèces de coraux sclératiniaires symbiotiques étudiées. Davantage d’études sont néanmoins nécessaires pour mieux comprendre les résultats, qui ont été ici résumés dans leurs grandes lignes mais présentaient des différences entre les sites étudiés.